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Mobilite

Article publié dans le Livre Blanc du Syndicat National des Directeurs de grandes collectivités territoriales – SNDGCT – Juillet 2019

D’une mobilité subie à une mobilité choisie

3 leviers d’action : culture, coopération, compétences

 

Patricia SERMAN, Présidente de Passages Professionnels

SNDGCT : Pourquoi la mobilité des agents publics est-elle devenue un enjeu central de la transformation et de la performance des services publics ?

Patricia SERMAN : La mobilité des agents publics doit être favorisée et repensée afin non seulement de répondre aux nouveaux besoins de la population, mais également à l’évolution de leurs missions. Il faut ré-inventer le « contrat » qui lie le fonctionnaire à la collectivité publique, promouvoir une démarche gagnant-gagnant. Les agents publics doivent pouvoir bénéficier d’un réel enrichissement sur le plan professionnel comme personnel ; les employeurs publics, par la diversification et la valorisation des parcours professionnels et des expériences, doivent pouvoir améliorer la qualité du service rendu par les organisations publiques. D’où la nécessité de la valorisation des compétences, publiques comme privées, dans tout parcours et de l’incitation à l’alternance des expériences. Mais pour y parvenir, encore faut-il réussir à faire disparaître les barrières qui sont parfois érigées entre le secteur public et le secteur privé, alors que la conduite des missions de l’État sur les territoires conduit à de réelles actions concertées entre toutes les parties prenantes, publiques, associatives et privées. C’est un véritable enjeu de transformation de l’action publique qui ne pourra se faire sans une évolution globale de la gestion publique et de la culture managériale, qui se doit d’être davantage coopérative et ouverte.

 

SNDGCT : Quelles mesures peut-on adopter pour encourager la mobilité ?

Patricia SERMAN : Actuellement, la gestion des ressources humaines dans la fonction publique est davantage basée sur les statuts que sur les compétences, sur les corps d’appartenance plus que sur les métiers. Incontestablement, cela freine la mobilité des agents publics. En encourageant la mise en place d’une véritable gestion prévisionnelle des emplois et compétences, les administrations seront à même de prévoir leurs besoins et d’impulser une politique valorisante des mobilités. Celles-ci seront d’autant plus significatives que l’encouragement aux mobilités sera généralisé par un accompagnement personnalisé de conseillers en évolution professionnelle des agents.

La mise en place du e-portefolio des compétences des agents publics -comme cela est développé en région Bourgogne Franche-Comté - permettant à l’agent d’identifier et de valoriser ses compétences, de « se mettre en mouvement » constitue, aussi bien pour l’agent que pour le manager, un outil concret au service de la montée en compétences, de leur adaptation à l’évolution des métiers, et de la mobilités qu’elle soit géographique, entre les trois versants des fonctions publiques, voire public/privé, .

 

SNDGCT : Faut-il revoir l’organisation et les compétences des commissions administratives paritaires (CAP) ?

Patricia SERMAN : Ce serait une avancée notable, compte tenu des complexités impliquées par la gestion procédurale des mobilités dans chacun des versants de la fonction publique. Le besoin de souplesse dans l’organisation des carrières est d’autant plus important que la logique même des commissions administratives paritaires gêne la fluidité et réactivité nécessaires en réponse aux besoins du terrain. Il serait intéressant de développer des instances de ce type au niveau régional et qui pourraient être interministérielles. En plus de ces CAP, une responsabilité directe des dirigeants et des responsables opérationnels sur le terrain en matière de recrutement serait un atout indéniable de mobilisation collective. Les besoins en compétences des territoires seraient ainsi mieux pris en compte. Ce qui, à n’en pas douter, renforcerait également l’attractivité de ces territoires pour les agents publics.

 

SNDGCT : Pour favoriser et valoriser les mobilités des fonctionnaires dans le privé, le gouvernement prévoit de maintenir les droits à l’avancement d’échelon et de grade pour les agents publics en position de disponibilité pendant une durée maximale de cinq ans. Que pensez-vous de cette initiative ?

Patricia SERMAN : Tout dispositif qui favorise la reconnaissance des expériences professionnelles des agents publics va dans le bon sens. Ainsi le véritable enjeu est bien de développer une culture de management par les compétences de tous les acteurs.